Le couloir de la gare Saint Lazare
•2 mars 2008 • Laisser un commentaireEncre
•9 février 2008 • Laisser un commentaire
J’écrivais une histoire
Triste, très triste,
Si triste que mon stylo a pleuré.
Une larme
Bleue
Une larme d’encre
Sur du papier blanc.
Et l’encre a coulé
Son écume recouvert
Le papier
Blanc
Bleu.
Alors, j’ai jeté l’encre
Et le papier
A l’océan.
Ils sont tombés tous les deux
Papier, encre
Enlacés
comme des amants.
Et l’eau
Bleue
A dissout l’encre,
A séparé les amants.
J’ai regardé l’encre partir en volutes
Et les amants s’éloigner
Tristes, très tristes,
Si tristes que moi aussi j’ai pleuré.
Deux larmes
Des larmes d’encre
Bleues
Dans l’océan.
Texte: Pageblanche
Coquelicot
•17 novembre 2007 • 3 commentaires
Elle court dans la forêt. Elle s’écorche les genoux, en essayant de comprendre d’où sort cette colère qui lui soutire des larmes amères.
Pourquoi sa maman l’a-t-elle envoyée dans ce camp de vacances, dans ce pays où elle ne comprend pas un mot de ce qui se dit hors de la colo ? Pour voir un peu la campagne, changer d’air, s’ « ouvrir l’esprit ». Pourquoi les autres ne la laissent pas jouer avec eux ? Parce qu’elle est trop petite. Pourquoi est-elle trop petite ?
Les larmes coulent plus fort. Elle n’avait qu’à manger sa soupe, ses légumes, boire son lait.
Pourquoi ils ont fait la ronde autour d’elle en riant ?
Parce qu’elle a une trousse de toilette avec des nounours. Pourquoi ? Elle s’arrête pour sangloter. C’est elle qui l’avait choisie, exprès pour ces vacances.
- Hé, ça va ? Pourquoi tu pleures ?
Elle se retourne. Il a à peu près son âge, des cheveux noirs, bouclés, en bataille, qui lui tombent sur les yeux. Et il sourit.
- Viens, on va jouer.
Elle se lève, le regarde avec méfiance. Si c’était un piège ? Peut-être qu’ils l’observent tous, cachés derrière les taillis, prêts à l’humilier encore. Peut-être aussi que non. Elle ne l’a jamais vu à la colo. Pourtant il parle sa langue.
- Comment tu t’appelles ? elle lui demande.
- Yoakim. Allez, viens, je connais la forêt, je vais te montrer où trouver des scarabées dorés. Ou alors, on ira cueillir des coquelicots au bord des rails.
Elle le suit. Il lui montre les arbres et les oiseaux, elle lui apprend des chansons. Il grimpe plus haut, elle court plus vite ; ils rient aussi fort l’un que l’autre.
Elle court dans la forêt. Elle s’écorche les genoux, sans chercher à savoir d’où vient la joie qui l’entraîne. Yoakim court à côté d’elle en poussant des hurlements de sioux. Elle a un coquelicot dans les cheveux.
Une voix d’adulte les arrête.
- Que fais-tu ici ? Ce n’est pas un endroit pour jouer. Et tu n’as pas le droit d’aller seule dans la forêt.
Elle sent la colère et les larmes amères remonter. Je ne suis pas seule ! Je suis avec Yoakim !
- Avec qui ?
Elle se retourne.
- Yoakim ? Yoakim ! Yoakim !
- Tu ferais mieux de jouer avec tes camarades, plutôt que de t’imaginer des amis, ma puce. Viens, on rentre maintenant. Tout le monde s’inquiétait.
- Yoakim !
- Allez, viens maintenant.
Elle marche dans la forêt de hêtres qui a donné son nom à la ville d’Allemagne où elle passe ses vacances, pour retourner à la colo. Pourquoi ce n’est pas un endroit pour jouer, ici ?
Le coquelicot se prend dans une branche, reste en équilibre quelques instants, avant qu’un coup de vent le fasse tomber sur une plaque de métal oubliée depuis un demi-siècle.
Si elle avait fait attention, elle aurait lu : «Jedem das seine. Buchenwald, 1941 ».
Yoakim ?
Photo : Pidic
Texte: Petite Plume Sauvage
Végétal
•19 août 2007 • 3 commentaires
C’est le froid qui la réveilla. Sans ouvrir les yeux, elle voulut reprendre sa couverture, mais elle ne la trouva pas. C’est alors qu’elle se rendit compte que son matelas était beaucoup plus mou que d’habitude, et humide par-dessus le marché.
Elle souleva alors ses paupières.
Elle ne vit d’abord rien, aveuglée par le rayon de lumière qui lui tombait sur les yeux.
Puis, lentement, elle commença à discerner ce qui l’entourait : un monde inconnu. Elle était allongée sur un tapis de mousse humide, et cernée de feuilles qui faisaient cinq fois sa taille.
Elle n’eut pas le temps de se poser les mille questions qui auraient dû lui venir à l’esprit (Qu’est-ce que je fais là ? Où suis-je ? Comment rentrer chez moi ?) qu’elle se sentit soulevée par la taille : c’était une plante qui s’enroulait autour de son ventre, de ses jambes, de ses bras, et qui la menait inexorablement vers le trou béant qu’entouraient deux pétales d’un rouge gras.
Elle ne cria même pas.
Photo : Pidic
Texte : Petite Plume Sauvage
Cigare
•8 août 2007 • Laisser un commentaireCigare
Je reste suspendu à ses lèvres et je me consume lentement, dernière parole muette, dernière provocation, dernière volonté.
Compte à rebours.
Quand il m’écrasera, consumé, avec sa chaussure gauche, ce sera la fin.
Texte: Petite Plume Sauvage
Regard
•8 août 2007 • Laisser un commentaireRegard
Il paraît que je suis tout puissant. Que je peux foudroyer ou noyer, soudoyer. Que je peux dévorer, dévêtir. Que je peux être sombre ou lumineux, rassurant, condescendant, menaçant. Il paraît que souvent, je peux remplacer les mots.
Aujourd’hui je suggère: “Venez donc boire un verre!”; je suggère: “Allez, venez! On est potes.”
Je les déstabilise.
Même le photographe n’ose pas me capter, mal à l’aise.
Texte: Petite Plume Sauvage
Photo: Aelis
Mur
•8 août 2007 • 2 commentaires
(c) Bellule
Mur
Je reste debout, mais à chaque impact, il y a un petit morceau de moi qui saute, un gravat de plus sous les pieds du prochain condamné. La violence me modèle mais ne me tue pas, et je reste debout, fier, sans voir que je suis défiguré.
Lui, il me tourne le dos, il me méprise un peu. Il se tient droit, les mains dans les poches. Il fume, il sourit: il est beau. Je sais qu’il tombera bientôt, il tombera comme tous ceux qui à la chaîne se posent devant moi et qui pleurent, qui chient ou qui insultent les soldats. Il tombera, transpercé, et un petit morceau de moi sautera, mais je resterai debout, défiguré.
Texte: Petite Plume Sauvage
Escaliers
•5 août 2007 • Un commentaire
Ma semaine dans l’escalier, même décor, idées changeantes, acides, sereines, ne pas réfléchir et me laisser dévaler, marche après marche, dans l’automatisme du corps qui fonctionne encore. Marcher, c’est vivre. Descendre un escalier, c’est être dans le vouloir, aller quelque part, faire quelque chose, changer l’eau du bocal. Ne pas réfléchir, ne pas se demander sur quel pied on est, sinon l’avalanche guette, laisser faire, accepter que l’on est certainement dans une démarche vers quelque chose ou quelqu’un, qu’il y a une attente derrière la porte.
Photo: Petite Plume Sauvage
Texte: Hélène
Statue
•4 août 2007 • Laisser un commentaire
Voilà. Je suis bien bien bien cachée. Enfin. Personne ne me trouvera ici. Je vais pouvoir me concentrer, réfléchir.
Réfléchir. Réfléchir. Réfléchir.
Oui. Il est essentiel de pouvoir réfléchir de temps en temps. Tranquillement, sans personne pour demander. On mange quoi à midi ? Où t’as mis ma chemise, mon sac, ma clé de douze ? Tu fais quoi dans la vie ? T’aurais pas un peu grossi, t’es enceinte ? Et ton loyer, il est cher ?
Ras l’amphore de toutes ces questions. Pas le temps de prendre du recul. Ni de réfléchir.
Ici je me sens bien. Oui. Il fait bon. A l’abri des regards, nue. Seule avec la nature pour réfléchir.
Réfléchir. Réfléchir. Réfléchir.
Mais bon sang, où ai-je mis cette fichue clé de douze ?
Photo: Petite Plume Sauvage
Texte: cpasmoicmonblog
Evasion au zoo…
•4 août 2007 • Un commentaire
Maman, maman !
Quand je serai grand, j’aurai une maison, avec un grand jardin, pour pouvoir y jouer tout le temps. Il y aura pleins d’arbres où je pourrais grimper dedans, et j’aurai un chien ENORME et tout poilu. Je l’appellerai Toutou, et il sera vert…
Dis maman, ça existe les chiens verts?
Si ça existe pas, ben je serai le premier à en avoir un…
Photo: Petite Plume Sauvage
Texte : Ptitbambou
Taïga
•4 août 2007 • Laisser un commentaire
Il est bon parfois de ne pas comprendre les langues étrangères… Est-ce que la femme me dispute parce que la photo a été volée? Est-ce qu’elle me prend à parti pour me raconter les histoires de sa vie? Je ne vois que son regard à l’étonnement douloureux qui suit la courbe de la fourrure, une volonté de m’interpeller, œil planté dans les miens, et ces pommettes qui semblent sortir du cadre du visage, pommettes tendues et jeunes encore, qui le resteront. Une femme en lutte? Triste ou moqueuse? Mais quelle vitalité!
Texte: Hélène
Photo: Petite Plume Sauvage
Promenade
•4 août 2007 • Laisser un commentaire
- Tu m’aimeras toujours ?
- Je ne sais pas quoi dire.
- Non je voulais savoir parce que
- Au fond je n’ai jamais su quoi dire.
- un jour tu te souviens tu m’as dit
- Je parle et ça n’a pas de sens.
- Plus tard on ira autour du monde
- Ca tourne en rond,
- Autour du monde,
- Je n’avance pas,
- Et on s’aimera,
- Alors je me tais.
- Tout autour du monde.
- …
- Tu te souviens ?
- …
- Tout autour du monde.
Photo: Petite Plume Sauvage
Texte: Petite Plume Sauvage




